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couverture

L'homme est-il bon ?
En ragoût, peut-être...
21 Nouvelles, 300 pages,pour 19,50€.

<< On a déjà lu pire chez des gens célèbres>>
L'Immonde Littéraire.

<<Uniquement Lui Président>>
The Indépendant of West Fidésian Libération.

<<Athée grâce à Dieu, non pratiquant par mauvaise foi ! Heureusement, il n'est pas des nôtres>>
The World Religious Tribune.

<< Génial>>
Le Demeuré.

<<Achetez le !>>
L'éditeur.

<<Piquez-le...L'auteur, pas le livre !>>
Psychopathe Magazine.

 
 


Née en 1953 en Fidésie Orientale (69). Baptisé , malgré ses vigoureuses protestations. Élevé sous la Mère. Obtient deux CAP pendant la révolution de mai 68. Pour ce fait, il est condamné, comme bien d'autres, aux travaux forcés jusqu'à l'âge de 60 ans, sans remise de peine possible, sauf succès, hypothétique, de ce premier livre. Purge actuellement sa peine, pour trois ans encore, comme cuisinier à la ville de Grenoble. Refusera d'aller au delà. Handicapé congénital, du coté paternel, dans l'expression verbale de ses sentiments, la vie se chargera de lui botter le cul !
Menacé d'explosion mentale, il se tourne alors vers l'écriture.

Ils ont aimé, ils en ont parlé...
Télé Grenoble, Isère Magazine, les Affiches de Grenoble et du Dauphiné, le Dauphiné Libéré, le journal de la ville de Grenoble, le journal de la ville d'Eybens, radio Grésivaudan, Oxygène Radio pays de Savoie, Sortir du nucléaire...

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Extraits des nouvelles

Le secret de Madame Sourire:

- Moi, je te dis qu’elle est folle, cette Mamie !
- Je ne suis pas d’accord avec toi, Georgette. Je crois qu’elle est tout simplement heureuse.
- Heureuse ? Mon cul ! disait-elle, en toute délicatesse. Dans cette « résidence », même une blatte aurait le cafard. C’est sombre, ça caille, ça sent le moisi, la bouffe est dégueu... A te foutre le blues, comme un journal de 20 heures sur TF1. Comment pourrait-on être heureuse ici, au milieu de ces vieux grincheux décatis ?
- Tu oublies qu’elle est aussi âgée qu’eux.
- Raison de plus, je te dis, elle est zinzin !
- Moi, je crois qu’elle a un secret !
- Balivernes ! concluait Georgette, péremptoire.
Combien de fois avions-nous eu cette conversation, Georgette et moi, tout en faisant le ménage de la Résidence ? Il faut dire que Madame Sourire, comme nous l’avions surnommée, était une véritable énigme. Elle ne recevait ni visite, ni appel téléphonique. De son passé, jamais évoqué, nulle trace… Comme un oubli. Le seul lien de Madame Sourire, avec le monde extérieur, était un journal à sensation, d’un niveau intellectuel affligeant, qui tranchait singulièrement avec sa personnalité.
Madame Sourire avait gardé de sa jeunesse une abondante chevelure, maintenant couleur de cendre, et de grands yeux limpides, aquarelle d’un cœur sans nuage.
L’esprit restait vif, mais son vieux corps n’était plus que souffrance, douleur contenue, qu’entre pudeur et fierté elle essayait de dissimuler, mais que son sourire, crispé, trahissait de plus en plus souvent. Elle allait à petits pas, aidée de ses béquilles, qu’elle égarait si souvent dans les coins les plus inattendus, que je me demandais, parfois, si ce n’était pas par jeu. La seule chose qu’elle n’égarait jamais était un vieux sac à main, scotché à sa poitrine comme un nouveau né, un trésor inestimable. Le soir, elle s’endormait avec, souriante, serrant son doudou dans ses bras.
Madame sourire était à demi aveugle, presque sourde. Chaque après-midi, ou presque, après sa sieste, je lui faisais, et refaisais, la lecture de ces journaux à scandales, qui parlent de la vie dissolue des grands de ce monde. Il y avait là un beau Prince du sud, dont elle me demandait souvent des nouvelles, mais dont je lui dissimulais le destin tragique. Après la lecture, je l’aidais à rejoindre la salle à manger où elle retrouvait les autres pensionnaires. Là, elle parvenait encore, à force de volonté, à écouter, à entendre, à comprendre. A conserver ce précieux lien qui vous unit aux autres. Puisait-elle, dans cette relation, la force de ce sourire, et de ces paroles d’espérance qui réchauffaient les cœurs autour d’elle ? Je ne crois pas. Il y avait autre chose.
Qui était vraiment cette femme sans passé ? L’ancienne maîtresse d’un homme politique connu ? Une espionne à la retraite ? Une milliardaire discrète ? Une criminelle en fuite ayant trouvé là une planque idéale ?
Impossible ! Pas elle !
Alors ?
Alors, un jour qu’elle prenait sa douche, seule, par fierté, même si je me tenais là, prête à intervenir, n’y tenant plus, j’avais ouvert ce vieux sac élimé.
A l’exception d’une enveloppe anonyme, soigneusement cachetée, il était rigoureusement vide.
J’étais déçue, mais bien plus encore, honteuse et triste pour ce que je venais de faire.
Dans cette période douloureuse où je cessais peu à peu d’être femme, où les enfants sortis de mon ventre allaient, une fois encore, en d’autres lieux, jeter l’ancre, j’avais trahi une amie, une Mamie qui m’aimait… Une seconde mère qui avait de l’amour pour tous les enfants du monde, petits et grands ! 

Ce matin-là, comme chaque matin, Madame Sourire m’attendait, bien calée dans les coussins de son lit. Le soleil, ce vieux complice qui ne visitait plus qu’elle, se délectant de ses légers atours, illuminait la chambre.
De son corsage dépassait la fameuse lettre, soigneusement cachetée, celle-là même, qui, depuis si longtemps, recelait le secret de cette femme.
Sur son visage, détendu et reposé, il y avait ce jour-là plus que de la beauté, un bonheur absolu. Madame Sourire nous avait quittés.
Je savais que cela arriverait un jour, je m’y étais préparée, j’espérais être prête.
On ne l’est jamais.
Le monde avait basculé. Je m’étais effondrée, en larmes, la tête sur ses genoux. J’étais resté longtemps, seule avec elle, dans la fraîcheur du petit matin. Je lui parlais. Elle m’écoutait, toujours souriante, sûre de m’avoir joué un bon tour. Au contact de son corps, encore chaud, comme s’il m’avait attendu, mon corps s’emplissait d’essentielles insignifiances.
Madame Sourire déversait en moi, jusqu’à m’en faire rire, son ultime cadeau.
Le bonheur en héritage.

J’avais emporté avec moi cette enveloppe sur laquelle une main tremblante avait écrit mon prénom avant de refermer la porte sur sa vie. Il m’avait fallu longtemps avant d’oser l’ouvrir, par peur, peut-être, de ce que je pourrais y découvrir.

<<  Madame,

Puisant à l’encre de mes sentiments pour vous, ma main, sans effort, vous écrit.
Vous n’êtes pas là, et pourtant nous sommes ensemble. Avant vous, Madame, ma vie s’écoulait en noir et blanc, se figeait lentement. L’hiver s’installait. Puis j’ai croisé votre sourire, et mon cœur, de nouveau, s’est éveillé à la vie, conquis, bouleversé, ravivant un désir que je croyais à jamais disparu. Par votre grâce, Madame, et pour mon plus grand bonheur, mes nuits s’enivrent à nouveau de délicieux tourments.
Comment, dès l’hors, ne pas vous aimer, vous espérer ?
Je sais, Madame, votre grand âge, le temps qui met les voiles, votre corps qui craque comme un vieux gréement, mais je devine aussi que votre cœur, à lui seul, pourrait contenir les océans.
Je partage votre peine pour cette peau qui se ride, elle, jadis, tendue comme un tambour ; Mais que serait l’océan, sans ses rides sculptées par le vent ? Un lac, une eau morte.
Peut-être pensez-vous, Madame, que je suis fou ? Qu’il est trop tard ?
Non, Madame, à vos yeux qui portent encore, sur la vie, le regard du cœur, je sais qu’il est toujours temps pour vous d’aimer, d’être aimé.
Vous me dites encore que la vieillesse est un désert.
Je vous le concède, Madame… Vous en avez la beauté sans limite.
Au pays où chantent les dunes, vous êtes, pour moi, cette immensité pleine de promesses, ce lieu propice à l’égarement, sauvage comme l’amour, où nul ne sait plus qui, du vent ou des dunes, caresse et façonne l’autre.
Je vous imagine là, infiniment belle, étendue, dénudée, offerte. Comme les vagues de sable, vous serez longue à émouvoir…
Alors, pour vous, je serai l’Harmattan à la patience légendaire, le Zéphire effleurant les chaudes crêtes, la douceur et la tempête. Vous serez les dunes frémissantes, les vals gémissants. Je serai le grognement sourd, profond; Vous serez le ventre de la terre délivrant son âme, et dans cet hymne à la vie, avec vous, et en vous, je me perdrai Madame.
Folie ?
Mon désir pour vous est-il si déraisonnable ?
Mais qui donc a décidé que l’âge a moins droit au bonheur que le sable ?
Quel odieux tribunal a déclaré la vieillesse coupable ?
Coupable ! Mais de quoi ? Oubliez, Madame, ce mot désiricide.
Désobéissez, révoltez-vous, échappez-vous. Invitez-vous à la fête, avant qu’elle ne vous oublie.
De l’amour doux amer, miel et vinaigre, ne gardez que le sucre, la douceur, le murmure, le parfum, la chaleur, l’émotion... L’instant.
Sans couleurs et sans rêves, Madame, la vie n’est que nuit.
Souvenez-vous de ces longs baisers qui vous laissaient sans souffle.
Risquez-vous à brûler aux feux de ces plaisirs oubliés, neufs de n’avoir point servi.
Ils ne sont à présent que la première page d’un livre qu’il nous reste à écrire.
Comme une fleur confiante, goûtez à la caresse intime du vent, à la chaleur pénétrante du premier rayon de soleil.

Entre le désir et la peur qui confinent au sublime,

Osez l’abandon.

Jean,

Votre ami amant, votre ami aimant, ne vivant que de l’espoir de bientôt vous revoir.>>


A la lecture de cette lettre, l’émotion m’avait prise à la gorge ; J’avais rêvé, j’avais vibré, j’avais rougi. Puis j’avais pleuré, par compassion pour cet homme à la plume tendre, attentionné ou viril qui parlait si bien d’amour, et portait loin au dessus de lui, la femme qu’il aimait. Il existait encore un tel homme…
De cet inconnu, sensible et délicat, je m’étais éprise, comme l’on court après un rêve…
Aimer, un petit mot que j’avais oublié.

J’avais écrit à cet homme qui allait retrouver la solitude, l’hiver, et joindre ma peine à la sienne. Il m’avait répondu.


<< Madame,

Votre lettre, tendre, chaleureuse et attentionnée, ne laisse aucun doute sur l’importance de l’amour dans votre vie. Cela nous rapproche déjà.

Les plus belles lettres d’amour, dit-on, sont celles qui n’attendent pas de réponse.

Etre l’étincelle qui entretient le feu de la vie, apporter un peu de chaleur et de réconfort à ceux qui nous en font la demande,

Tel est le fondement même de notre entreprise.

Nous espérons, Madame, bientôt partager avec vous un peu de ce bonheur qui nous habite.

Monsieur Jean François Lamour,

Responsable des éditions du Cœur.

P.S. Vous trouverez, ci-joint, les conditions et tarifs de nos prestations.>>


Une si belle nature !

- Maman, Maman, on a reçu le journal de la Hulotte ! Je suis vachement contente !
-Très contente me suffirait, ma fille chérie, vachement, comme tu dis, n'est pas très élégant.
-Lis s'y moi, lis s'y moi, Maman.
-Je n'ai rien entendu.
-S'il te plait, Maman chérie d'amour, peux-tu me lire mon livre ?
-Ai-je le droit de dire non ?
-Non !
-Alors, je te lirai la Hulotte lorsque tu te seras débarbouillée la figure et lavée les mains. Allez ouste ! Hors de ma vue.
Trente secondes plus tard.
-Et voila, j'suis toute propre.
-Hum ! Hum ! Admettons. Voyons de quoi parle notre inspecteur Lanature aujourd'hui ? Les insectes. Beuark ! Je n'ai jamais pu supporter ces sales bêtes.
-Moi, je les trouve beaux et gentils.
-Beaux et gentils, les insectes ? mon œil ! Cite moi en un seul qui soit beau et gentil.
-Ma menthe religieuse. Et toc !
-Quelle horreur ! C'est un monstre hideux avec une tête pointue, d'immenses yeux sans vie, des pattes pleines de crochets pour saisir ses proies, et une bouche d'assassin armée de mandibules coupantes pour les déchiqueter. Gentille ta menthe religieuse ? Après avoir séduit un chéri, elle lui coupe la tête et le dévore aussitôt. Rien que d'en parler, j'ai envie de vomir.
-Elle est géniale !
-Elle est répugnante tu veux dire!
-Oh la trouillarde ! Oh la trouillarde !
-Même pas peur !
-Alors, lis moi une histoire !
-Bon, d'accord, mais une seule, et après, sieste ! et sans rouspéter.
-D'accord, Maman, promis.
-C'est parti. Mesdames, Messieurs, apprêtez-vous à rencontrer les plus fameuses stars des ombelles.
-C'est quoi, Maman, les ombelles ?
-Ce sont ces fleurs, là-bas, près du fumier. Des bures, pour être exact. Personne ne les regarde jamais, parce qu'elles semblent moins belles que celles que nous cultivons. Elles font pourtant le bonheur des insectes.
-Continue, Maman.
-Ferme les yeux, et choisis au hasard.
-...
-Tu as choisi l'Ichneumons, ma chérie.
-Avec un nom pareil, Maman, il doit ressembler à un tyrannosaure !
-Perdu ! c'est une sorte de guêpe. Regarde.
-J'en ai déjà vu sur la terrasse, Maman. Elle a une belle robe de princesse, jaune et noire, et sa taille est si fine, qu'on dirait qu'elle va se casser en mille morceaux. Elle vole doucement, sans faire de bruit, comme les fées.
-Je crois bien en avoir déjà vu, moi aussi.
-Allez, Maman, lis !
-La femelle d'Ichneumon, on va l'appeler Pimpline, comme dans le livre, cela sera plus facile à prononcer.
-D'accord !
-Pimpline, inlassablement, bat la campagne à la recherche de gibier.
-Pour les manger ?
-Arrête de m'interrompre, je n'arrive pas à lire !
-Tel un chien de chasse, Pimpline cherche sa proie à l'odeur. Quand elle a trouvé l'animal qu'elle convoite, par exemple une chenille, elle lui perfore la peau avec sa tarière qu'elle cache sous son ventre.
-C'est quoi, Maman, une tarière ?
-C'est un peu comme la perceuse de ton père.
-Génial !
-Elle dépose alors un œuf, et c'est fini, elle s'en va.
-Et alors ?
-La chenille se demande si elle n'a pas eu affaire à une folle. Mais bon, elle oublie l'incident, et continue à boulotter son feuillage. Elle ignore que, dans son corps, vient de naître une toute petite larve carnivore.
-C'est quoi, Maman, une larve carnivore ?
-Une sorte de minuscule crabe qui se nourrit de viande.
-Et la chenille, elle ne dit rien ?
-Pas au début, car le bébé de Pimpline est si petit qu'il se contente de boire un peu de sang et de manger un peu de graisse.
-Alors, le bébé de pinpeline, il grandit comme moi quand j'étais dans ton ventre, Maman ?
-Oui, sauf qu'à mesure qu'il grandit, le bébé de Pimpline a de plus en plus faim. Bientôt, comme il ne trouve plus de graisse à manger, il dévore tous ce qu'il trouve autour de lui, et la chenille meurt dans d'atroces souffrances. De la malheureuse chenille, il ne reste alors que sa peau, vide et entièrement récurée.
-C'est rigolo
-C'est immonde ! J'en ai mal au ventre.
-C'est la nature, Maman !
-Nature ou pas, j'aime encore moins ces sales bêtes. Allez, au lit.
-Oui Maman.
-Veux-tu que je ferme tes volets, ma chérie ?
-Pas complètement, s'il te plait.
-Tu as peur du noir ?
-Non, j'aime bien entendre le chant des grillons, c'est tellement beau.
-Comme tu voudras. Bisous ?
-Bisous !
-Je ferme ta porte pour éviter les courants d'air.
-Dis, Maman.
-Oui ma chérie ?
-Comment elle s'appelait la jeune fille qui me gardait quand j'étais toute petite, et qu'est morte ?
-Martine.
-Est-ce que c'est une bête comme ça, Maman, qui lui a mis du sida dans son ventre à Martine ?